Le XVIIIe arrondissement. Celui d'en bas, entre la porte de la Chapelle, le métro éponyme, la rue des Poissonniers, Max Dormoy... voici sûrement le quartier de Paris intra muros qui me parle le plus. De retour de la cambrousse, moi-même citadin provincial, c'est en sortant de l'enfer aveugle des tunnels du RER par la station Chapelle, arrivant de Gare du Nord, que je me suis dit ça.


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Il était vingt-deux heures trente (pas sur la photo, banane, dans mon histoire). L'air était juste tiède comme il faut. La lueur encore orangée du ciel se confondait avec celle, déjà orangée, des lampadaires.

Paris


La sortie au métro Chapelle est idéale: toutes les couleurs, toutes les langues. C'est un carrefour. Parce que si le reste du quartier est lui aussi de toutes les couleurs, il y a malgré tout des sous-quartiers très nets par origines de leurs habitants. La partie que je connais le mieux est l'Afrique noire... mais j'aime bien me choper un pad thaï à grailler, un curry indien.


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Il est vingt-deux heures trente, disais-je. Au métro Chapelle. Le quartier est très animé en journée. A cette heure, il est paisible. Loin d'être vide, bien sûr. Des tas de boutiques ouvertes, des tas de gens. Mais pas assez pour cacher ceux qui, assis sur des chaises devant les troquets, boivent un thé. On se déplace moins vite. Indolence. L'air est saturé d'odeurs de cuisine indienne. Ah, rue Max Dormoy! Temps de monter au neuvième étage. La vue depuis les fenêtres est belle. D'un côté, les tours de la porte de la Chapelle, dont j'ai déjà parlé, dont je reparlerai. De l'autre, les toits qui s'étalent joliment jusqu'au pied de Montmartre. On évite de trop lever les yeux pour rencontrer ce dernier quartier, qui en quelques mètres de dénivelé, passe du noir populaire au rupin blanchâtre. Et on évite surtout avec soin l'énorme bouse versaillaise, ce sacré palpitant froid qui écrase sous la graisse opulente de son histoire bien-pensante tout ce quartier. En bas, on vit, on vaque, et on ne le regarde pas. Même si l'on vit parfois de lui, et des vaches à lait qui le visitent, sans savoir, ou sans comprendre. 


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Voilà, c'était mon affection pour le XVIIIe arrondissement de Paris, en tous cas ce secteur la Chapelle-Max Dormoy. Sans ignorer ses crasses de drogue, de trafics pas toujours reluisants, ses embrouilles, ses intégrismes. Mais sans oublier non plus ses rafles, ses condés qui patrouillent et traquent l'humain sans papiers au faciès. Remarque, ici, ils n'ont que l'embarras du choix. Souvenir des gens que j'ai rencontré, ici ou ailleurs, certains devenus des amis, et qui doivent se planquer, ou sont déjà retournés dans leur pays, menottes au poignet, d'autres ayant obtenu ces papiers à la con, qui pour trois mois, qui pour dix ans... Frisson dans le dos en voyant parfois tourner les camions de CRS, les bagnoles de flics... saine crainte et logique haine des forces armées de l'Etat, en tant qu'institution aux ordres, qui s'empare de moi...

Le joli XVIIIe... à bientôt!

Mon Côté Punk - Youssef