6 mai 2007, drôle de journée à Paris, des histoires de politique, de pseudo anarchie(s), de réelle(s) colère(s) et surtout de belles histoires d'amitié, de belles rencontres, et la chaleur humaine.

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Que ça avait commencé pas loin de la porte de la Chapelle, chez la Sandrine et sa vue de malade sur l'abject Sacré-Coeur, abject à plus d'un titre...

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En plein XVIIIème arrondissement, au pied de Montmartre, et sa rue des Poissonniers, et celles attenantes, où les écailles volent dans le caniveau en fin de journée, où se presse une foule ébène, où tu te retrouves parfois le seul blanc dans la rue, et où cette inversion rassurante des rôles te fait penser à l'envers. Ou te tord les neurones, et un neurone tordu, c'est pas si mal, ça oblige à penser en biais.

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Avec des annonces de concerts qui voient venir la vague de charters direction l'Afrique, la vague d'humains concentrés ("concentrationnés" comme disait un copain) dans de jolis centres de rétention, intéressant vocable suant d'humanité... (vague, notons-le, mais ce n'est pas une découverte, déjà bien impulsée auraparavant, y compris sous la gauche, y compris dans certaines municipalités rouges...)

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Le soleil qui se fout en berne lentement, et les rues qui se vident pour écouter la télé. J'ai entendu les résultats en pleine rue, avec des gens. On devrait toujours écouter les déclarations ou les événements politiques dans la rue, avec des inconnus, à cinquante pour une radio. Parce que d'abord, c'est bon de partager des choses avec les inconnus, ensuite parce qu'ils tiendraient peut-être mieux leurs langues et leurs actes, tant un individu seul derrière un écran est moins prompt à réagir que cinquante personnes en colère, ou simplement parlant de leurs désaccords sur un bout de macadam.

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Mais dans le XVIIIème, ça se vide un peu quand même, et il est temps de rejoindre les copains à Ménilmontant, pour des concerts, de la fête, et des vrais gens, et des vraies rues à cause des gens dedans. Pas des gens qui passent, pas des gens qui se pressent, pas des gens qui travaillent, non, des gens qui viennent se serrer un peu les coudes et se tenir chaud par ce temps de chien électoral.

"On va tous crever, on va tous crever, y'a la fin du monde qui nous guette et nous on fait la fêt-euh" ah ah ah

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Après, bon, les gens n'ont pas TOUJOURS que des idées chouettes. Enfin, ça se discute. En fait j'en sais rien.

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En trajet...

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Côté Belleville-Ménilmontant, ça danse déjà dans la rue, Riton La Manivelle, quelques autres, ça swingue sur des chansons communardes ou non, et on se rassure comme on peut. Chacun a emmené un peu de pâté, un peu de bière, un peu de pif, du bon pain, des légumes faciles et la rue devient jolie avec des mômes qui cavalent partout et des voitures qui n'arrivent plus à passer. Des clampins nous font même goûter la "bière des faucheurs volontaires" qui n'est pas formidable, mais c'est l'intention qui compte, comme on dit.

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A deux pas, réunion punk pour le passage éclair des très chouettes Toulousains Medef Inna Babylone, ça hésite entre bal(le) populaire cinquante mètres plus haut, et sueur saturée dans la cave du bar sur le punk excellent des Medef...

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Et puis y'a eu la soirée, ses angoisses, ses reculades, ses audaces, et le sentiment de ne pas être à la bonne place, vu que la compréhension du réflexe de colère, mais l'idée aussi de ne pas risquer de se faire foutre en tribunal/tôle pour rien, trop vite, tout de suite, l'idée très claire que ça va être une lutte de très longue haleine qui dépasse amplement le cadre de cette élection, et qu'il ne faut pas tout donner tout de suite, et risquer l'apathie ensuite...

Alors, il y a eu aussi ce putain de lundi matin, amertume, fatigue, tristesse in Montreuil avec le précieux camarade Ubi qui me logeait, et chacun sommé de reprendre rapidement le chemin du travail et de la productivité. Comme un lundi. Comme si ren ne s'était passé. Et de fait, rien n'était arrivé, au niveau politique. Rien de neuf, juste la conviction que les choses allaient suivre leur sale cours, mais à coups de pompes au cul, histoire d'accélerer le mouvement. Accélerer les rafles et les expulsions, entre autres. Entre bien d'autres. Aller n'importe où, mais vite. Mouais.

Le lundi matin blême du 7 mai 2007...

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Et puis, en sortant du grand immeuble à la Sandrine, juste là sous les yeux, à droite, au mur, première vision de la rue...

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Tout nerveux, tout primaire, tout con. Sauf que je me souviens que ça m'a fait du bien, de voir ça, surtout par dessus les bla bla assourdissants des affiches de la LCR. Une vision du Chien Rouge qui ne lâche rien, à la CQFD.

Alors il a fallu rentrer à la maison, après deux longues journées d'attente et de colère, après avoir vu de l'Afrique plein les rues, du Maghreb plein les rues, de l'Inde plein les rues, de la danse dans les rues, du peuple™ dans les rues, de la rue, quoi, là où l'on se rencontre et où l'on fait...

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...et attendre le train Gare de l'Est, en regardant des gens comme moi, seuls, si seuls, si rapides, si violents et brutaux dans leur démarche, malgré eux, si tellement abrutis de la "surdose de publicité pour combattre nos pensées et ne pas regretter la vie de merde qu'on va passer" qu'ils ne sont pas prêts d'avoir le temps, les moyens, la chance, de pouvoir relever le nez du guidon et avoir un instant l'occasion de cesser de gérer l'urgence quotidienne, parfois la survie, et de danser un coup ensemble, éventuellement sur les pelouses de l'Elysée.

Mais nez sur le guidon contre nez en l'air, on va quand même essayer l'élévation, moi j'dis.

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Petit hommage à la Sandrine, à son accueil, comme toujours, la Sandrine qui est mon égale en mauvaise foi, mais c'est un signe d'enthousiasme passionné, qu'on s'dit pour se rassurer, et qui m'énnerve avec un talent étonnant quand elle me fait l'apologie du vote républicain (car le vote tout court, c'est cool) et de la madame Royal, et avec qui débattre est une épreuve mais un vrai bonheur tant c'est la foire d'empoigne et pas du tout un truc posé, avec du thé, des politesses et des comme quoi que si c'est marqué dans Le Monde c'est que c'est un truc pas con. Et c'est tant mieux, parce qu'après tout, quand on cause avec des gens, le principal, c'est de parler, pas d'avoir raison, ni même de dire des trucs intelligents...

Bon, bah, super chouette potesse, en tous cas, qui mit un peu d'air dans ce week-end pesant à plus d'un titre! Hop.